Institut Royal pour la Recherche sur l’Histoire du Maroc
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Comptes rendus et commentaires Comptes rendus D.Nordman

À propos d’une Histoire du Maroc : l’espace et le temps*

(Publié dans "Annales H.S.S" N°4-2016 PP:925-949)

Daniel Nordman

L’Histoire du Maroc dirigée par Mohamed Kably est un ouvrage considérable autant par ses dimensions que par la qualité de sa réalisation technique, de ses cartes, ou de ses illustrations 1. Les auteurs, soit plus de cinquante noms appartenant à différentes institutions, forment une équipe soudée, qui a accepté le processus de « marocanisation ». Notons effectivement qu’ils sont tous marocains, à une exception près. Sauf pour le premier chapitre, la liste des contributeurs ne permet pas d’attribuer à tel ou tel d’entre eux sa part individuelle dans la rédaction.

Les chapitres comprennent des contributions multiples, non sans d’inévitables et brusques ruptures, visibles au cours de l’exposé, dans le choix des exemples, les façons de dire, l’expression – limpide et élégante ou parfois laborieuse –, ou les tics d’écriture. L’histoire comme discipline s’est bien « marocanisée », pour reprendre un terme dont le volume n’a pas abusé, à tel point que cette oeuvre collective pourrait elle-même être citée dans le passage qui clôt l’Histoire du Maroc et qui traite des formes contemporaines du savoir et de l’écriture.

La synthèse proposée, dans son état actuel, pourrait faire date et requérir l’attention d’historiens aux spécialités différentes 2. Il m’arrivera de recourir à d’autres travaux, à titre complémentaire, mais il est impossible d’évoquer tous les sujets abordés par cette oeuvre collective. Cette difficulté n’est pas la moindre si l’on veut rendre compte d’une telle somme, où les interférences entre des travaux anciens – parfois réédités – et ceux d’aujourd’hui surtout, publiés ou inédits, sont nombreuses. Je ne m’aventurerai pas dans le XXe siècle, laissant non sans regret à d’autres, universitaires ou citoyens, l’appréciation des développements souvent denses portant sur le protectorat, le mouvement national, le Maroc indépendant, les « années de plomb », la vie politique, les problèmes économiques et sociaux, et bien d’autres questions. Il m’a paru utile de seulement suggérer d’autres agencements, entre recension et propositions, selon des approches thématiques et transversales. Certaines, que je vais successivement préciser, m’ont paru s’imposer. La première, la plus évidente, était un enjeu de ce livre massif, ce qui est le propre de bien des histoires nationales, rédigées par un seul auteur ou en collaboration. Ici, le nombre des coauteurs apparenterait plutôt celui-ci à une oeuvre encyclopédique, où chacun aurait apporté, en des textes de longueur inégale, la part réservée à sa spécialité. Il a donc fallu combiner l’unité d’une recherche et la remarquable diversité des différents apports. Sans doute toute contribution individuelle est-elle comparative, contenant des éléments de recherche commune, sinon expressément collective – par l’objet même ou par le traitement de cet objet. Mais si toute collaboration est garantie par des références et des interrogations partagées, il n’en reste pas moins indispensable de tracer la ligne directrice, reconnue par tous.

A priori, la continuité demeure aléatoire tant qu’elle n’est pas solidement construite. Jacques Revel a remarqué que, plus que la communication et la circulation incessantes entre unités spatiales, la succession dans le temps laissait subsister des ruptures ou des transitions, des intervalles et des hiatus, des inflexions plus ou moins longues 3. Celles-ci, variables, ne sont pas pour autant insaisissables. Elles peuvent susciter une réflexion soutenue. S’agissant d’une histoire et d’une durée potentiellement nationales situées dans le temps relativement « court » de quelques siècles ou de deux ou trois millénaires, la collectivité des auteurs a été amenée à fonder et à nouer une trame. La question de la périodisation sera au centre de mon exposé. C’est sur ce deuxième point que je voudrais insister, sous différentes formes.

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* À propos de Mohamed KABLY (dir.), Histoire du Maroc. Réactualisation et synthèse, Rabat, Édition de l’Institut royal pour la recherche sur l’histoire du Maroc, 2011. Le volume a fait l’objet d’un deuxième tirage avec un texte revu et amendé en 2012. Je remercie vivement Dominique Casajus, Jacques Revel et Bernard Rosenberger qui m’ont fait part de leurs observations et suggestions.
1 - Sa publication a été suivie deux ans plus tard par celle d’un second volume présenté comme un complément sous forme de chronologie, qui est en réalité bien davantage : Mohamed KABLY (dir.), Chronologie de l’histoire du Maroc. Des temps préhistoriques à la fin du XXe siècle, Rabat, Éd. de l’Institut royal pour la recherche sur l’histoire du Maroc, 2013. M. Kably y expose dans une courte introduction une réflexion sur la notion d’événement, ce « matériau de base » dont il met en évidence le caractère ponctuel, polysémique également, et l’insertion dans des « plages temporelles » plus vastes. Abderrahmane El Moudden propose pour sa part des indications sur les critères chronologiques, la dualité des calendriers (hégirien et chrétien) et les particularités des sources. Cette chronologie argumentée, qui aussi est un véritable index, constitue son propre commentaire, complété par des annexes variées. Le choix d’une telle chronologie, qui n’est pas usuel, confirme le projet d’ensemble.
2 - Cet ouvrage ne rend néanmoins pas caduc celui de Jean BRIGNON (dir.), Histoire du Maroc, Paris/Casablanca, Hatier/Librairie nationale, 1967, un livre savant, pionnier et inspiré, préparé et rédigé par une petite équipe franco-marocaine auquel M. Kably et ses collaborateurs, ainsi que d’autres travaux récents, font souvent référence.
3 - Jacques REVEL, « Échelles », in C. GAUVARD et J.-F. SIRINELLI (dir.), Dictionnaire de l’historien, Paris, PUF, 2015, p. 191-193.

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